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La Réunion : les drum lines sont un danger aussi pour les baleines

Pour se reproduire et mettre bas, les baleines à bosse fréquentent, de juin à octobre, les eaux de la Réunion et notamment la zone littorale, très étroite, où la profondeur n’excède pas quelques dizaines de mètres et la largeur quelques centaines de mètres.

La pose, dans ce couloir étroit, de dizaines de drum-lines par le prochain CAP REQUINS 3 (qui prendra la couverture d’EcoReCoRun) pour appâter et pêcher les requins va s’avérer un piège mortel pour les baleines et leurs baleineaux dès 2018. Entre juin et fin octobre  2017, ce sont plus de 250 baleines qui ont séjourné ou transité dans ce couloir. Par un heureux hasard, qui n’avait rien à voir avec l’arrivée des cétacés, la pêche était alors suspendue. Que se serait-il passé si des dizaines de drum-lines avaient été installées ?

En août 2015, un tel incident s’est effectivement produit. Après de multiples demandes du collectif d’associations pour la protection de l’environnement, la DMSOI[1] a récemment communiqué le rapport du CRPMEM[2] au comité scientifique de l’époque (qui a été dissous depuis). Ce rapport mentionne l’incident, et de façon quasi-certaine, le fait qu’une baleine s’est prise dans une drum-line dans la nuit du 18 au 19 août 2015 devant Saint-Gilles.

« On pourra jamais l’affirmer de façon catégorique, mais l’explication du comité des pêches [CRPMEM] est de la fantaisie. Quant à la description de l’incident, elle correspond exactement à la situation d’une baleine qui entraîne un engin de pêche« , précise Jean-Bernard Galves, porte-parole et représentant du collectif d’associations contre la pêche des requins tigres et bouledogues à La Réunion[3].

La baleine, accrochée par la drum-line et emmêlée dans l’engin de pêche, embarque l’ensemble de l’installation, corps mort compris, vers le large.  Quatre jours plus tard, la balise se met à émettre une « position aberrante », ce qui, selon le constructeur, traduit une immersion partielle de la balise. Les points GPS irréguliers traduisent l’arrivée en surface d’un animal qui se déplace et remonte respirer : la balise de la drum-line n’atteint la surface que lorsque la baleine s’y trouve pour respirer ; entrainée sous l’eau, la balise n’émet pas. Une balise flottante aurait émis un signal continu ; ce n’est pas le cas.

La baleine s’est éloignée de plus de 25 km du lieu de pose de la drum-line dans le secteur de l’Étang-Salé. En se frottant contre ces reliefs, en y accrochant le cordage ou le corps mort, la baleine est probablement parvenue à rompre l’attache et à détoronner les cordages. La grosse bouée, libérée, est alors retrouvée en surface. Le sort de la baleine, enfin libre de la drum-line, reste inconnu.

Les explications alambiquées du CRPMEM pour faire passer l’incident de 2015 pour un acte de malveillance – qui viendrait évidemment de la part des associations de protection de l’environnement ! – ne résistent pas à une analyse simple et de bon sens.

Il est extrêmement fréquent que les baleines s’emmêlent dans des engins de pêche. A La Réunion il y a un précédent connu : en 1989, une baleine s’était emmêlée dans un DCP[4] du CRPMEM devant Saint-Leu et avait été dévorée par des requins.

Avec Cap requins 3 et le déploiement de nombreuses drum lines, y compris dans la réserve marine, le risque sera d’autant plus fort : des dizaines de drum-lines se trouveront dans l’étroit couloir littoral fréquenté par les baleines. Ces drum lines seront en effet disposées au plus près des plages, ce qui facilite le travail de CAP REQUINS mais rendront dangereuses les plages pour la population et la zone littorale pour les baleines.

A ce jour, aucune étude d’impact de CAP REQUINS 3 sur les baleines en particulier, et sur l’environnement en général n’a été réalisée. Il est donc impératif qu’une étude d’impact environnemental de CAP REQUINS soit réalisée par des experts compétents et indépendants de toutes les organisations impliquées dans le programme.

D’autant que le Président de la Région Réunion a pour projet d’inscrire au patrimoine mondial de l’UNESCO «  la route des baleines ».

 

[1] DMSOI : Direction de la mer sud océan indien 

[2] CRPMEM : Comité régional des pe^ches maritimes et élevages marins

[3] Aspas, Fondation Brigitte Bardot, Longitude 181, Sauvegarde des requins, Sea Shepherd, One Voice, Tendua, Vagues, Requin Intégration

[4] DCP : dispositif de concentration de poissons (utilisé pour la pêche)

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