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L’Europe et la pêche aux requins / Europe and shark fishing

L’Europe compte 70 000 km de côtes et 1 200 ports : elle constitue la 1ère zone maritime et la plus grande flotte marchande du monde. Le secteur européen de la pêche occupe la quatrième place mondiale : chaque année, il produit quelque 6,4 millions de tonnes de poisson. L’UE met en avant la préservation des stocks de poissons comme objectif majeur de la politique européenne de la pêche, mais qu’en est-il réellement : au delà des mots, quels sont les faits ?

Les requins sont victimes du finning et c’est certainement la cause la plus importante du déclin des populations mondiales de requins. Les États-Unis ont légiféré en 2000 pour interdire cette pratique dans les eaux américaines. L’Europe a attendu 2003 et sa législation en la matière est trop permissive. Elle est l’un des plus importants fournisseurs mondiaux d’ailerons de requins pour l’Asie. Des dérogations sont accordées aux pêcheurs, notamment à l’Espagne pour près de 200 bateaux (flotte palangrière). Fin 2011, Shark Alliance a proposé au Parlement européen de corriger les failles de l’interdiction européenne de finning actuellement en vigueur. La proposition, si elle est adoptée par le Parlement européen et le Conseil des ministres, garantirait que tous les requins capturés par des navires de l’UE ou dans les eaux de l’UE soient débarqués avec les nageoires encore naturellement attachées aux corps.

Sandrine Polti, conseillère politique sur les requins auprès du Pew Environment Group et de Shark Alliance, a déclaré : « Il incombe désormais aux ministres de la Pêche et aux députés européens de l’ensemble des 27 États membres de l’UE d’adopter la proposition de la Commission qui est la seule manière fiable de s’assurer que les requins ne fassent pas l’objet du finning. »

Quelles sont les règlementations en vigueur en Europe pour limiter la pêche aux requins ?

  • celles de la Commission européenne,
  • des ORP : organisations régionales de pêche thonières ou non thonières, en fait des groupements de producteurs, comme par exemple l’ICCAT, ORP thonière dont le siège est à Madrid. La Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique (ICCAT) est responsable de la conservation des thonidés et des espèces apparentées dans l’océan Atlantique et ses mers adjacentes,
  • des ONG, telle que SHARK ALLIANCE et d’autres.

L’application des mesures de l’Union européenne concerne :

– Les navires immatriculés dans l’UE, opérant dans tout ou partie des eaux de l’UE ou dans l’ensemble des eaux y compris internationales,

– les navires battant pavillon d’un État tiers à l’UE opérant dans les eaux européennes.

Toutefois, quand la réglementation change en Europe, les bateaux européens changent de pavillon et deviennent des pavillons libyens, algériens, et autres…

Au sein du Conseil International pour l’Exploration de la Mer (CIEM) ou ICES : International Council for the Exploration of the Sea), une structure européenne qui conseille l’UE sur la pêche, il existe des groupes de travail sur la morue, les anchois, les élasmobranches. On demande aux scientifiques le point de vue du poisson…et de faire un état de la population exploitée. Au lieu d’interdire la pêche pour préserver les stocks, des quotas sont mis en place. Les quotas sont recommandés par les scientifiques en fonction des chiffres déclarés de pêche, donc pas de triche possible à ce niveau, si ce n’est que les chiffres déclarés par les pêcheries sont inférieurs de moitié à la réalité des prises. Par exemple, basés sur des chiffres officiels de pêche, des  quotas recommandés par les scientifiques de 15000 tonnes deviennent 30 000 tonnes autorisées, puis 60 000 tonnes validées. Ainsi, on le voit, les recommandations des scientifiques ne sont pas suivies : elles sont intégrées par une instance au-dessus, qui prend en compte les paramètres sociaux et économiques. Un autre exemple : la décision d’arrêter la pêche au requin taupe a été prise en 2006, mais appliquée seulement en 2009, soit 3 ans après les recommandations des scientifiques. Le groupe de travail donne un avis avec un montant des quotas et remonte l’info vers la Commission européenne et les ministres des pêches. A ce stade, les délibérations se font à huit-clos, et tout est question de négociations… On y oublie les préoccupations d’effondrement des stocks au nom d’intérêts « supérieurs »…

Mais la menace est bien celle d’une mer sans poissons, et là, de quel intérêt s’agit-il?…

 En 2012, la pêche est autorisée pour :

1)    les roussettes (grande et petite)

– grande roussette (Scyliorhinus stellaris): nursehound , large-spotted dogfish, greater spotted dogfish, or bull huss, classée  Quasi-Menacé (NT) par l’IUCN,

– petite roussette, petite roussette ou chat marin ou chat de mer (Scyliorhinus canicula) ou small-spotted catshark or lesser spotted dogfish,

2) émissole ou chien de mer, touille, chien maigre, matel (Mustelus mustelus) ou common smooth-hound, stellate smooth-hound, classé Vulnérable (VU),

3) requin-hâ, ha, chien, mor_c’harz en Bretagne (Galeorhinus galeus) ou school shark, tope shark, soupfin shark or snapper shark, classé Vulnérable (VU),

4) peau bleue (Prionace glauca) ou blue shark: le requin plus pêché actuellement, classé Quasi-Menacé (NT) par l’UICN,

5) requin renard  à gros yeux ou renard de mer à gros yeux (Alopias superciliosus) ou bigeye thresher : 1 espèce autorisée et classée Vulnérable (VU), sur les 3 espèces d’Alopias dont 2 seulement sont présentes en Europe.

La pêche est contrôlée pour :

6) Aiguillat commun, aiguillat tacheté, requin épineux (Squalus acanthias)  ou spiny dogfish, spurdog, mud shark, piked dogfish, classé Vulnérable

La pêche est interdite pour :

7) requin taupe, veau de mer, maraîche (Lamna nasus) ou porbeagle, classé Vulnérable dont la pêche est interdite en Europe depuis 2006 (application en 2009) mais dont l’importation est autorisée (comment le consommateur peut-il s’y retrouver si le vendeur n’applique pas à la lettre les indications d’origine?).

Les espèces dont la pêche, la conservation à bord, le transbordement et le débarquement sont interdits :

–  ange de mer commun (Squatina squatina) ou angel shark dans toutes les eaux de l’UE , classé par l’UICN en danger critique d’extinction (CR),

–  pocheteau gris (Dipturus  batis) or common skate, classé par l’UICN en danger critique d’extinction (CR).

Pour terminer ce triste tableau, sur 10 espèces de requins proposées pour l’inscription à l’annexe II de la CITES, trois espèces seulement ont été retenues :

– le Requin pèlerin (Cetorinhus maximux) ou basking shark, classé par l’UICN  comme Vulnérable,

– le Requin blanc  (Carcharodon carcharias) ou great white shark, classé par l’UICN  comme Vulnérable,

– le Requin baleine (Rhincodon typus) ou whale shark, classé par l’UICN  comme Vulnérable,

ainsi que tous les poissons-scies (sawfish).

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