Nouméa surpêche ses requins comme La Réunion

Quel dommage que le gouvernement de Nouméa n’écoute pas ce que les Kanaks ont à dire sur les requins. En effet, si le peuple autochtone majoritaire respecte et vénère les requins auxquels il reconnaît l’océan comme territoire naturel, ce n’est pas leur avis qui compte en la matière. C’est celui des caldoches et des métropolitains en charge de la pêche au requin. Ces derniers s’inspirent du désastreux modèle réunionnais. Ainsi, Nouméa surpêche ses requins comme La Réunion, imitant sa mauvaise gestion en la matière. Et les campagnes de pêche meurtrière s’enchaînent.

2019 : début d’une étude scientifique

Une étude, prévue sur 4 ans, a été lancée en 2019 pour connaître la population de tigres et de bouledogues, ainsi que leurs déplacements dans les zones côtières de Nouméa et Bourail. Les institutions impliquées dans cette étude sont la province Sud, la mairie de Nouméa, l’IRD, le Port autonome, la Sécurité civile et les Affaires maritimes. Le programme de recherche comporte 44 mesures basées sur la prévention, le renforcement de la réglementation et l’acquisition d’informations scientifiques. Parmi ces mesures, on trouve le marquage acoustique des requins et l’installation de balises autour de Nouméa, la surveillance renforcée des plages, la mise en place de signalétique. On y parle également d’améliorer les pratiques de la filière pêche et de récupérer les eaux grises et noires des plaisanciers… Enfin, on évoque la création de « sentinelles » de la mer, et on instaure une « régulation ».

Malheureusement, en mai 2019, l’attaque d’un jeune garçon, qui se baignait à l’arrière du bateau familial dans la marina de Port du Sud le 3 juin 2019, remet en cause l’approche scientifique. La province Sud décide alors de façon empirique que cette attaque « atteste de la prolifération du requin bouledogue ». Quelques requins sont capturés, puis relâchés au large, avant que la stratégie d’abattage de requins ne soit mise en place.

2021 : les prélèvements se poursuivent

En 2021, les prélèvements officiels sont de 24 requins dont 19 tigres et 5 bouledogues. Malheureusement, en parallèle, rien n’est fait pour améliorer les pratiques de la pêche ; rien non plus pour récupérer les eaux grises et noires des plaisanciers. Seule l’interdiction de vider son poisson à moins de 500 m du rivage devient passible d’une amende d’environ 740 euros. Quelle affaire ! De plus, en octobre, la province Sud retire les requins tigres et bouledogues de la liste des espèces protégées par son code de l’environnement. La pêche peut donc battre son plein, sans aucun contrôle.

Nouméa et La Réunion, les mêmes erreurs pour les mêmes maux ?

Enfin, en 2022, la province Sud évoque le renforcement de la surveillance des baignades en bateau et à l’aide de drones. Deux requins supplémentaires sont marqués. Cela porte à 29 les individus tagués et à 49 les balises acoustiques installées sur Nouméa et Dumbéa. La publication de l’étude « Attaques de requins en Nouvelle-Calédonie de 1958 à 2020 : revue de cas » paraît en février. On y répertorie 67 attaques, dont 13 fatales, sur une période de 62 ans tout de même ! L’étude conclue que le territoire « se situe parmi les régions du monde le plus à risque ». Même argument que celui des pro-pêches réunionnais 10 ans auparavant, basé sur le même raisonnement vide …. Il faut dire que les échanges entre le CSR réunionnais et la Nouvelle-Calédonie se multiplient, aux frais des contribuables, comme toujours.

Le point de vue ignoré des scientifiques

« On a du mal à expliquer l’augmentation des attaques », confie Johann Mourier, éco-éthologue spécialiste des requins. Ce dernier explique que les attaques présentent un caractère cyclique : « On observe beaucoup de morsures coup sur coup, puis plus rien pendant plusieurs années. »  Et selon le biologiste marin Bastien Preuss, il existe d’autres solutions que les prélèvements. Il faudrait plutôt s’intéresser davantage aux causes de la présence des requins dans les eaux calédoniennes. « Les pêcheries locales ont nourri les requins pendant plus de dix ans avant de cesser brutalement de le faire. Aujourd’hui, les bateaux de pêche déversent chaque jour des milliers de litres de rejets dans la baie, ce qui a pour effet d’attirer en permanence les requins. Beaucoup d’argent public a été investi dans des campagnes d’abattage et dans la pose de barrières, mais il reste encore des problèmes majeurs à résoudre, [notamment] le système d’égouts. »

Conclusion

Les « pro-pêche » de La Réunion sont contents de voyager jusqu’en Nouvelle-Calédonie pour donner les avis de non-spécialistes qu’ils sont aux autorités de Nouméa. On retrouve des arguments identiques, aussi peu avérés que ceux utilisés à La Réunion. Autres points communs, on dépense de l’argent public, mais pas pour réduire les causes évidentes de présence des requins : rejets des eaux grises et noires des plaisanciers, les égouts, les pratiques de pêche … On appâte près du rivage pour attirer les squales et les tuer. Opacité, raisonnement à l’envers, argent, tout y est. Et là-bas non plus, on ne tient pas compte de ceux qui étudient et connaissent leur environnement et la biodiversité, car « l’abattage n’est pas une solution durable ».

Sources : francetvinfo.fr ; Demain en Nouvelle Calédonie du 24/02/2023 ; Courrier international du 27/08/23