À La Réunion, le Centre Sécurité Requin navigue entre opacité et massacres

Le Centre Sécurité Requin : opacité des synthèses

Mi-janvier 2026, le Centre Sécurité Requin (CSR) publie enfin ses synthèses de pêche pour septembre, octobre et novembre 2025. Pour décembre 2025, toujours aucune donnée. Une situation devenue habituelle, presque banale, alors même que les budgets de fonctionnement du CSR atteignent des niveaux indécents. Le Centre Sécurité Requin navigue entre opacité et massacres.
Une question s’impose : où va l’argent public ? Manifestement pas dans la mise à jour du site internet, ni dans la transparence des données …

Massacres chiffrés de requins

Les chiffres publiés pour l’automne 2025 sont sans appel : la pêche ciblée s’acharne sur les requins tigres, en majorité des juvéniles et des femelles, compromettant directement la survie de l’espèce.

Septembre 2025 : 8 requins tigres tués, dont 6 juvéniles et une majorité de femelles.

Octobre 2025 : 9 requins tigres tués, dont 7 juvéniles et 6 femelles.

Novembre 2025 : 1 requin bouledogue femelle tué et 12 requins tigres tués, dont 7 femelles, 4 mâles et 1 au sexe indéterminé (dont 9 juvéniles).

Les chiffres de décembre 2025 restent inconnus, mais le constat est déjà clair : l’année 2025 établit un record historique depuis 2011 avec 108 requins tigres pêchés, et… 3 requins bouledogues. Et pourtant, le requin tigre n’a été impliqué que dans un seul accident à La Réunion depuis 2011. C’était le 14 février 2015, soit il y a 11 ans.

Un déséquilibre écologique assumé

Au 30 novembre 2025, le bilan officiel fait état de 925 requins cibles tués dont 190 requins bouledogues et 735 requins tigres, soit 97 % de requins tigres depuis 2013. Ces chiffres officiels ne tiennent pas compte de la pêche « de plaisance » qui ne déclarent ni prises ni ses lignes appâtées.

Concernant le requin tigre, nous parlons ici d’une espèce clé des écosystèmes marins, éliminée de manière massive, aveugle et scientifiquement injustifiable.
Tuer des femelles et des juvéniles, c’est condamner une population entière à court/moyen terme.

Les prises accessoires : un carnage collatéral intolérable

À ces chiffres s’ajoute une réalité souvent minimisée : les prises accessoires, dont certaines concernent des espèces protégées ou menacées d’extinction.

Septembre 2025 : 1 requin-marteau halicorne, espèce classée en danger critique d’extinction,

Octobre 2025 : 2 requins-marteaux halicorne, 2 requins mako (en danger d’extinction), 1 tortue verte,

Novembre 2025 : 2 raies Mobula. L’espèce n’a pas été identifiée : pourrait-il s’agir de raies Manta océaniques (Mobula birostris), classées en danger d’extinction ? et 2 tortues marines (de ~1m20, espèce non identifiée, encore une fois…), 1 raie fouet (Pateobatis fai, espèce vulnérable).

Amateurisme et incompétence : la fausse caution scientifique du CSR

Le CSR continue de se cacher derrière la caution d’un prétendu programme scientifique, alors même que les faits démontrent l’inverse :

  • Les “assistants scientifiques” n’étaient présents que dans 55,5 % des cas de déclenchement des balises PAVAC sur ces 3 mois de données ;
  • Incapacité récurrente à identifier précisément les espèces, déterminer le sexe, etc.
  • Les pêcheurs sont aussi les observateurs et les rapporteurs : ils sont juges et parties.

Depuis le 29 mars 2018 (date de création du CSR), ce sont 226 869 heures de pêche cumulées, – impensable pour une pêcherie professionnelle ! – dont près de 95 300 heures (42 %, selon le préfet) au sein même de la Réserve naturelle marine nationale de La Réunion. Une question dérangeante s’impose : la Réserve marine a-t-elle encore un sens si elle autorise ces massacres en son périmètre ?

Le CSR et l’argent, opacité encore

Enfin, l’opacité est une seconde nature au CSR ! Un article du média Clicanoo s’étonne du revirement complet de l’agent comptable du CSR, lequel, dans un mail interne daté du 13 octobre 2025, recommandait un audit externe pour établir « un diagnostic indépendant ». 

Il avait en effet constaté, depuis sa prise de fonction en septembre 2023, « un certain nombre d’irrégularités et d’anomalies dans la chaîne comptable, le traitement des dépenses et la circulation des pièces justificatives. L’absence de responsable administratif et financier, le manque de procédures écrites, un suivi irrégulier des opérations et des délais accumulés auraient fragilisé, selon lui, la fiabilité des comptes.»

Cette position ayant été relayée via un communiqué de quatre élus du conseil d’administration du CSR en date du 28 novembre 2025, ledit comptable revient sur ses propos et tente de minimiser ses premières réflexions. Est-ce un choix personnel ou une « recommandation » hiérarchique ?

Conclusion

Le CSR continue d’agir dans une opacité préoccupante, en publiant des données partielles, tardives, et scientifiquement fragiles, tout en poursuivant une politique de destruction massive des requins tigres, espèce pourtant peu impliquée dans les accidents à La Réunion.
L’acharnement sur des juvéniles et des femelles est manifeste.
Les prises accessoires d’espèces menacées sont nombreuses.
La pêche est massive, y compris au sein d’une réserve marine censée protéger le vivant.
À cela s’ajoutent de sérieuses zones d’ombre dans la gestion financière.
Une question centrale s’impose alors : jusqu’où tolérera-t-on l’irresponsabilité écologique au nom d’une sécurisation mal fondée ?

Tant que le CSR refusera la transparence, l’exigence scientifique et le respect du vivant, ce programme restera un symbole de violence institutionnalisée contre l’océan, financée par l’argent public et déconnectée des réalités écologiques.