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L’inutilité des campagnes de pêche aux requins / Unselective culling campaigns are useless

requin bouledogue (Carcharhinus leucas) © DR

Plusieurs publications scientifiques récentes s’intéressent aux comportements des requins et s’accordent désormais à considérer que les requins ne sont plus des machines identiques, programmées pour tuer telles qu’on les imaginait, mais que ces poissons ont des individualités qui les font réagir différemment les uns des autres face à leur environnement et à des stimulations similaires. Si cela semble une évidence quand on a eu la chance de plonger en présence de ces animaux (et que l’on prend le temps d’observer la nature), le monde scientifique ne l’avait pas confirmé. Il est vrai que les requins n’intéressaient que peu de scientifiques jusqu’à récemment ; tant mieux pour cet « engouement » nouveau et bienvenu !  Ces études démontrent des différences de comportement, de stratégie de prédation ou de régime alimentaire, en particulier chez les requins-tigres, blancs et bouledogues, espèces concernées dans les accidents avec les humains.

L’article du 12/11/2018, publié dans la revue scientifique Conservation Letters, suggère que les attaques de requins ne seraient pas liées à la densité de leur population, mais le fait d’individus présentant un profil déviant. Ainsi, les campagnes « punitives » de pêche aux requins seraient donc totalement inutiles.  Selon Eric Clua, l’un des deux auteurs de l’étude : « Ces campagnes se basent sur une hypothèse de densité-dépendance : chaque requin aurait une probabilité non négligeable d’attaquer l’homme, donc, en réduisant le nombre de requins, on réduirait le risque d’attaque », hypothèse erronée doncLe docteur en biologie marine du Criobe (Centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement) et son coauteur, le Norvégien John Linnell, estiment que les attaques sur l’homme seraient au contraire imputables à certains individus bien précis. « On a souvent une image un peu robotisée des requins, tous identiques, or deux requins au sein d’une même espèce peuvent être aussi différents que deux êtres humains au sein de l’espèce humaine. » Dans ce cas, les campagnes de pêche aveugles en réponse à un accident impliquant un requin et un humain, régulièrement mises en place – notamment à La Réunion – ne se justifient plus car pêcher au hasard d’autres requins ne changera rien au problème. « Ces campagnes n’ont jamais entraîné une réduction nette des attaques sur l’homme, avec pourtant des conséquences écologiques néfastes », souligne le spécialiste des requins Carl Meyer, de l’Institut de biologie marine d’Hawaï.

Abstract of the scientific article « Individual shark profiling: An innovative and environmentally responsible approach for selectively managing human fatalities » by Eric E. G. Clua & John D. C. Linnell,, published on Nov, 12 , 2018.

Most shark‐induced human fatalities are followed by widespread and unselective culling campaigns that have limited effectiveness and may have high ecological costs for threatened species. The blanket culling strategy implicitly assumes that incident risk is directly correlated with shark density, an assumption that has yet to be demonstrated. We present the alternative hypothesis that incidents are more likely to be caused by behavioral variability among individual sharks than due to shark density. Throughout their ontogenetic development, large species of sharks opportunistically establish a diet that is rarely, if ever, inclusive of humans as a food source. We propose that, some animals with specific behaviors (including boldness) may potentially pose a higher risk than conspecifics. Under this scenario, the risk of a shark attack in a given area would relate to the presence of a limited number of high‐risk individuals rather than shark density.

In terms of management of human fatalities, such a hypothesis would favor abandoning general culling campaigns and replacing them with approaches that profile and selectively remove the potential problem individuals, as is done in the terrestrial realm when managing predators that attack humans or livestock.

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