La Réunion: encore combien de victimes ? / how many more victims ?

Les faits / Facts

Le 9 mai 2019 à 16h30 à Saint-Leu, sur le site de la vague appelée “La Gauche”, Kim Mahbouli, âgé de 28 ans, surfer aguerri, décède suite à une attaque de requin. Les lésions constatées sur le corps ultérieurement sont compatibles avec la prédation par un requin bouledogue (Carcharhinus leucas) de 2,50m.

On May, 9th, 2019, at 4.30 pm, Saint-Leu, on the wave spot called “The Left”, Kim Mahbouli, 28 years old, an experienced surfer, died after a shark attack. The lesions found later on the body are compatible with the predation by a bull shark (Carcharhinus leucas) of about 2.5 metres.

Malgré l’interdiction préfectorale en vigueur depuis 2013*, jusqu’à 6 personnes ont été présentes sur le spot de la gauche de Saint-Leu ce jour-là : surfeurs et kayakiste. Au moment de l’attaque, deux autres surfeurs étaient présents dans un rayon de moins de 10m.

Despite the prefecture ban in effect since 2013*, up to 6 people were present on the left-hand spot of Saint-Leu that day: surfers and 1 kayaker. At the time of the attack, two other surfers were present at less than 10m from the victim.

*Depuis le 26/07/2013, un arrêté préfectoral interdit les activités les plus exposées au risque requin – dont le surf, le bodyboard et la baignade – dans la bande des 300 mètres du littoral du département, hors du lagon, des espaces aménagés et des zones surveillées définies par arrêté municipal. Cette interdiction a ensuite été étendue à toutes “les activités nautiques utilisant la force des vagues”.

*Since 26/07/2013, a prefecture decree has banned the activities most exposed to shark risk – including surfing, bodyboarding and swimming – in the strip of 300 meters of the coast of the department, outside the lagoon, landscaped areas and supervised areas defined by municipal bylaw. This ban was then extended to all “nautical activities using the force of the waves”.

Les conditions environnementales / Meteo conditions

A La Réunion, la saison hivernale commence en mai. Les températures baissent, la houle du sud augmente, le risque de présence des requins également (cf. étude CHARC). Le 9 mai, les conditions de météo marine étaient : mer forte avec une houle du sud croissante (3.6m) ; vent d’orientation Sud-Est de force 5 à 6 ; turbidité moyenne ; couverture nuageuse. Pas de pluie ce jour-là, mais il avait plu les jours précédents. La pluie amène en mer des particules générant de la turbidité.

On Reunion island, the winter season begins in May. Temperatures are dropping down, the Southern swell is increasing, the risk of sharks also being present (cf. CHARC study). On May 9th, the marine weather conditions were: strong sea with a growing South swell (3.6m); South-East wind Force 5 to 6; medium turbidity; cloud cover. No rain that day, but it had rained the days before. Rain brings turbidity-generating particles to sea.

La pêche de “sécurisation” / The “securing” Fishing

Le programme de pêche de “sécurisation” se déploie toute l’année sur le littoral de la commune de Saint-Leu. Deux techniques qui se veulent complémentaires sont utilisées : des PAlangres Verticales à Alerte de Capture (PAVAC) et des Palangres Horizontales de fond (PHF).

The “securing” fishing programme is carried out all year round on the coast of Saint-Leu. Two complementary techniques are used: Vertical Longlines with Capture Alert (VLCA) and Horizontal Bottom Longlines (HBL).

Les déploiements opérationnels se réalisent du lundi au vendredi à proximité du spot de surf de la gauche, mais également au niveau du spot de la tortue, à la Pointe des Châteaux, et plus au sud en face du cimetière de Saint-Leu (juste un coup de nageoire pour un requin). Compte tenu des mauvaises conditions météorologiques présentes sur la côte ouest de La Réunion (houle et vent fort), le programme de pêche de prévention n’a pas pu se déployer “normalement” sur le site de Saint-Leu lors des deux semaines précédant l’attaque. Depuis le 24 avril, une seule opération de PAVAC a pu être réalisée dans la nuit du 2 au 3 mai sur le site.

The operational deployments are carried out from Monday to Friday near the Left surf spot, but also at the spot of the turtle, at the Castles’ point spot and further to the South, in front of the cemetery of Saint-Leu – just a “swipe” for a shark-. Considering the poor weather conditions on the West coast of the island (swell and strong wind), the “securing” fishing programme could not have been deployed “normally” on the Saint-Leu spots during the two weeks preceding the attack. Since April 24th, only one VLCA operation was carried out on the site during the night of May 2nd-3rd.

La pêche punitive ou post-attaque / Punitive or post-attack fishing

Pour l’opération de pêche post-attaque, cinq PAVAC ont été déployées sur site pendant 72h entre le vendredi 10 et le lundi 13 mai au matin. Une opération de PHF a été déployée sur site le vendredi 10 mai. Au cours de ces opérations, un requin bouledogue femelle de 2.50m et 113kg a été prélevé sur une PAVAC, dans la première nuit de déploiement entre le vendredi 10 et le samedi 11 mai, à 1h du matin, à proximité immédiate du spot de surf de la gauche de Saint-Leu. Deux prises accessoires ont été capturées et relâchées vivantes (“officiellement”) après marquage externe : un barracuda (20kg) et une carangue (35kg).

For the post-attack fishing operation, five VLCAs were deployed on site for 72h between Friday, May 10th and Monday, May 13th in the morning. An HBL operation was also deployed on site on Friday, May 10th. During these operations, a 2.50m and 113kg female bull shark was collected from a VLCA on the first night of deployment between Friday 10th and Saturday 11th May, at 1am, close to the Left surf spot of Saint-Leu. Two by-catches were taken and released (“officially”) alive after external marking: a barracuda (20kg) and a carangue (35kg).

Défini par l’Etat en 2013 et déclenché par le Préfet, le dispositif post-attaque vise à sécuriser la zone, en complément des opérations de sauvetage conduites immédiatement par les pompiers, par prélèvement des deux espèces de requins potentiellement dangereux (requins bouledogues et requins tigres) et principalement responsables des attaques sur l’île.

Defined by the State in 2013 and triggered by the Prefect, the post-attack program aims to secure the area, in addition to rescue operations conducted immediately by firefighters, by fishing the two species of potentially dangerous sharks (bull sharks and tiger sharks) and mainly responsible for attacks on the island.

Analyse

Ce texte, sourcé depuis le site de info-requin.re, précise bien que les sites de Saint-Leu, et la côte ouest en général, sont appâtés de façon quasi-journalière, et ce depuis deux ans au moins. Le précédent programme Cap Requin, commencé en janvier 2014, procédait de la même logique d’appâtage sur la côte ouest au plus près des plages. Donc quinze jours d’interruption ne changent rien aux habitudes de fréquentation données aux requins depuis 5 ans. En fait, il n’y a rien de pire pour habituer des prédateurs à fréquenter un lieu : mettre à leur disposition une source alimentaire, fût-elle seulement olfactive. Cette politique de “sécurisation du littoral par prélèvements” est celle de personnes qui ne connaissent ni la nature, ni les requins et qui préfèrent l’ignorer pour des raisons pas toujours honorables. Aucune caution scientifique ne la recommande. Malheureusement, les conséquences de cette “ignorance” sont dangereuses, et même fatales.

This text, browsed on the site of info-requin.re, makes clear that the sites of Saint-Leu, and the West coast in general, are baited almost daily, and this has been done for at least two years. The previous Cap Requin program that began in January 2014, proceeded the same “bait logic” on the West coast, and as close to the beaches. So, fifteen days of interruption over 5 years of baiting and fishing does not change the frequenting habits given to sharks. In fact, in order to get predators used to frequenting a place, make a food source available to them (even if it is only an olfactive one!) This policy of “securing the coastline by fishing” is that of people who know neither nature nor sharks and who prefer to ignore it for reasons not always honourable. No scientific guarantee recommends it. Unfortunately, the consequences of this “ignorance” are dangerous, and even fatal.

Quant au dispositif post-attaque, on s’étonne qu’il soit scrupuleusement mis en oeuvre, alors que le décret d’interdiction de certaines pratiques nautiques datant également de 2013 n’est jamais respecté. Donc, après 6 ans de “crise”, la prévention n’est toujours pas à l’ordre du jour. En revanche, aller tuer du requin – et autres prises accessoires – 24h après un accident aurait du sens ?…Absolument pas, sauf s’il y a un intéressement financier pour les participants ?

As for the post-attack program, one is surprised that it is scrupulously implemented , while the decree prohibiting certain nautical practices also dating from 2013 is never respected. So, after 6 years of “crisis”, prevention is still not on the agenda. But going to kill shark – and other bycatch – 24 hours after an accident would make sense?…Absolutly not, except in case of a financial interest of the participants ?

Le requin pêché le 11 mai 2019 correspond à la description de l’animal potentiellement impliqué dans l’attaque et décrit dans le rapport d’expertise du médecin légiste après analyse du corps de la victime (requin bouledogue d’une taille de 2.50m). Après dissection du requin, l’analyse de son contenu stomacal n’a rien révélé. Donc, cette femelle n’était sans doute pas la “coupable”… Au delà de la “vengeance”, un tel effort de pêche, payé par les contribuables pour un requin, une carangue et un barracuda ?? Aucune information d’ailleurs n’est donnée sur le coût des moyens mis en oeuvre pour réaliser cette pêche punitive et inutile. Ne faudrait-il pas plutôt travailler en amont sur une vraie prévention ??

Anyway, the shark caught on 11th May 2019 corresponds to the description of the animal potentially involved in the attack and described in the forensic examiner’s report after analysis of the body of the victim (bull shark 2.50m in size). After dissecting the shark, the analysis of its stomach contents revealed nothing. Therefore, this female was probably not the “culprit”… Beyond “revenge,” such a fishing effort, paid for by taxpayers for one shark, one carangue and one barracuda?? No information is given on the cost of the means used to carry out this punitive and unnecessary fishery. Instead of this, shouldn’t we be working upstream on real prevention?

Conclusion

Nous sommes bouleversé de compter une nouvelle victime. Nous adressons à sa famille et ses proches nos sincères condoléances. Cette jeune vie perdue nous met aussi en colère. Malgré nos avertissements répétés, la zone du drame est depuis un an presque chaque jour appâtée par le CRA* (Centre de Ressource et d’Appui pour la réduction du risque requin).  Aucun scientifique, aucune personne connaissant les requins n’a cautionné cette “expérimentation” qui consiste à attirer les requins près des plages et leur donner l’habitude de fréquenter encore plus systématiquement les lieux. Avec quatre morts depuis 2017 dont deux morts en 2019, le terrible résultat est là. 

We are distressed to have another victim. We extend our sincere condolences to his family and loved ones. This young life lost also makes us angry. Despite our repeated warnings, the area of the drama has been for a year almost every day baited by the fishing program led by the CRA* (Shark Risk Reduction Resource and Support Centre). No scientist, no one who knows sharks has endorsed this “experiment”, which consists in attracting sharks to the beaches and making them accustomed to frequent the places even more systematically. With four deaths since 2017, including two in 2019, the terrible result is there.

Enfin, c’est au Préfet qu’il appartient de faire cesser cette pêche et cet appâtage criminels. Le Préfet et le Gouvernement doivent s’adresser à des scientifiques compétents et indépendants afin de trouver une solution non dangereuse pour la population et non létale pour les requins. S’occuper enfin des causes de cette situation. Axer son action sur la vraie prévention. Et cesser de jouer le jeu de ceux qui crient le plus fort et qui ont trop d’intérêts -souvent personnels- à maintenir le statu-quo actuel et dangereux.

Finally, it is up to the Prefect to stop this criminal fishing and baiting.
The Prefect and the Government must turn to competent and independent scientists in order to find a solution that is not dangerous for the population and not lethal for sharks. Finally address the causes of this situation. Focus on real prevention. And stop playing the game of those who shout the loudest and who have too many interests -often personal- to maintain the current and dangerous status quo.

sources : site info-requin.re / *Centre de Ressources et d’Appui pour la réduction du risque requin (CRA) / Collectif des associations Sea Shepherd, Aspas, Longitude 181, One Voice, Tendua, Vagues, Requin Intégration