Connaissez-vous le squalelet féroce ? Do you know the Cookiecutter shark ?

© Karsten Hartel – Marine Fisheries Review 65(4)

Le squalelet féroce (Isistius brasiliensis) est un petit requin d’une soixante de centimètres de long qui vit dans les océans du monde entier, en particulier près des îles. On sait peu de choses à son sujet. Toutefois, on sait qu’il migre dans la colonne d’eau tous les jours, d’une profondeur enregistrée allant jusqu’à 3700m, s’approchant de la surface au crépuscule et redescendant à l’aube. Les anglophones l’appellent communément le cookiecutter shark  que l’on pourrait traduire par le « requin emporte-pièce ». En effet, la “spécialité” du squalelet féroce est de prélever sur ses proies, parfois 10 fois plus grandes que lui, des rondelles de chair pour se nourrir. D’ailleurs, on observe régulièrement des cicatrices rondes occasionnées par les morsures des squalelets féroces sur de nombreux mammifères marins (baleines, lions de mer, …) et autres poissons (requins, espadons, thons…). Ce ne sont pas ses seules victimes : sous-marins nucléaires (!) et câbles sous-marins sont également au menu ! On signale de rares accidents avec des humains.

This cookiecutter shark was spotted at night in deep water near Hawaii and represents a rare image of the fish taken in the wild. © J. Lambus

The cookiecutter shark (Isistius brasiliensis), also called the cigar shark, is a species of small squaliform shark of about 60 cm long. This shark occurs worldwide, particularly near islands. We know a little about this species. It migrates vertically up to 3 km (1.9 mi) every day, approaching the surface at dusk and descending with the dawn. The name “cookiecutter shark” refers to its feeding habit of gouging round plugs, as if cut out with a cookie cutter, out of larger animals, sometime 10 times larger than it! Scars and marks caused by the bites of cookiecutter sharks are regularly observed on many marine mammals (whales, sea lions, …) and other fish (great white sharks, tunas…). These are not its only victims: nuclear submarines (!) and undersea cables are also on the “menu”! Rare accidents with humans are reported.

Le squalelet féroce, prédateur ou un parasite ?

Ce requin est tout à fait équipé pour se fondre dans son environnement. Son cou sombre est un leurre pour imiter la silhouette d’un petit poisson, tandis que le reste de son corps se fond dans la lumière ambiante grâce à ses photophores ventraux. Quand un prédateur s’approche du leurre, le squalelet féroce mord sa victime : avec ses lèvres suceuses, il tourne sa bouche pour prélever soigneusement – chirurgicalement ! – un morceau de chair, un peu comme un bouchon, à l’aide de ses dents inférieures acérées. De fait, le prédateur est devenue une proie blessée mais vivante et la proie initiale est devenue prédateur, requalifiable en parasite puisqu’il se nourrit d’animaux beaucoup plus grands que lui sans les tuer.

Is the Cookiecutter shark a predator or parasite? This shark is well “equipped” to blend into its environment. Its dark collar seems to mimic the silhouette of a small fish, while the rest of its body blends into the downwelling light via its ventral photophores. When a would-be predator approaches the lure, the shark attaches itself using its suctorial lips and specialized pharynx and neatly excises a chunk of flesh using its bandsaw-like set of lower teeth. In fact, the predator has become an injured but alive prey and the previous prey has become a predator, requalifiable as a parasite as it feeds on animals much bigger than it, without killing them.

Sa dentition : drôle de sourire !

Cookiecutter shark dentition. Photo © George Burgess

Ce sont des naturalistes français qui ont découvert le squalelet féroce au début du XIXe siècle, mais personne n’a relié cette créature bizarre aux cratères étranges trouvés sur les gros poissons jusqu’aux années 1970. Les squalelets féroces ont de 30 à 37 petites dents dressées dans la mâchoire supérieure, et de 25 à 31 plus grandes dents triangulaires dans la mâchoire inférieure, avec des spécimens plus grands ayant le plus grand nombre.

Dentition : what a smile ! French naturalists discovered the cookie-cutter in the early 19th century, but no one connected this bizarre creature to the weird craters found on large fish until the 1970s. Cookiecutter sharks have 30-37 small, erect teeth in the upper jaw and 25-31 larger triangular teeth in the lower jaw with larger specimens having the larger numbers. 

Des sous-marins nucléaires ….

Ces petits requins ont attaqué des zones “molles” exposées, y compris des câbles électriques, et des dômes de sonar en caoutchouc. Dans plusieurs cas, les attaques ont effectivement aveuglé les sous-marins, les forçant à retourner à la base pour des réparations. Ils sont ensuite revenus, munis de revêtements en fibre de verre. Les attaques ont eu lieu dans les années 1970 et le problème semble avoir été réglé, bien que, dans plusieurs cas, les requins aient causé suffisamment de dommages à l’équipement sonar du bâtiment pour que les huiles à l’intérieur du navire qui transmettent le son fuient du navire et cassent l’équipement — les sous-marins ne pouvaient plus voir ce qui les entourait, selon le Reefquest Centre for Shark Research. Les sous-marins nucléaires n’ont probablement pas beaucoup de goût et ne sont pas très nutritifs, mais les squalelets féroces semblent mordre à peu près n’importe quoi, y compris des équipements de recherche dans l’océan.

From nuclear submarines to the great white These tiny sharks attacked exposed soft areas including electrical cables and rubber sonar domes. In several cases, the attacks effectively blinded the subs, forcing them back to base for repairs. They later returned, fitted with fibreglass coverings. The attacks happened in the 1970s and the problem seems to have been taken care of, though in several cases the sharks did enough damage to the vessel’s sonar equpiment that the oils inside that transmit sound would leak out of the ship and break the equipment — the subs could no longer see what was around them, according to the ReefQuest Centre for Shark Research. Nuclear subs obviously aren’t all that tasty, but they seem to bite just about anything — even research equipment in the ocean. (source : https://www.businessinsider.com/this-tiny-shark-can-take-out-nuclear-submarines-2013-1)

Au grand requin blanc

Ces petits requins attaquent un large éventail de grands animaux. Parmi ceux-ci, on peut ajouter une autre proie de taille (!) : le grand requin blanc (Carcharodon carcharias), à la liste des victimes potentielles. Un requin blanc subadulte mâle au large de l’île de Guadelupe, au Mexique, a été observé avec une morsure de squalelet fraîche à côté de sa gueule, ainsi qu’une deuxième cicatrice en forme de croissant. (source : https://www.researchgate.net/publication/273689577_Observation_of_an_Attack_by_a_Cookiecutter_Shark_Isistius_brasiliensis_on_a_White_Shark_Carcharodon_carcharias

Great white shark with cookiecutter shark scars. ©Gerardo del Villar

Cookiecutter sharks are known to attack a wide array of large animals. Here we add another top predator-pry, the Great White shark (Carcharodon carcharias), to the list of potential victims. A subadult male white shark off Guadelupe Island, Mexico, was observed with a fresh cookiecutter shark bite next to its mouth, as well as a second crescent-shaped scar. (source : https://bioone.org/journals/pacific-science/volume-67/issue-1/67.1.10/Observation-of-an-Attack-by-a-Cookiecutter-Shark).

Pour finir, une video avec le spécialiste de ces requins, le Docteur Yannis Papastamatiou :