Le Congo exporte des ailerons de requins vers la Chine.

Le réseau de surveillance TRAFFIC[1] vient de publier un rapport concernant le commerce artisanal de requin au Congo (Congo-Brazzaville).

Avec 180 km de littoral et un plateau continental de 11000 km2, le Congo n’est pas un pays privilégié en matière d’accès à la mer. Cependant, en 2017, 95% des captures totales de requins déclarées par le Congo, soit 1 767 tonnes, étaient le fait des pêcheurs artisanaux. Cela représente 32% du total des prises de poissons artisanaux pour 2017.

D’ailleurs, entre 2007 et 2017, la République du Congo a été le 4ème plus grand pays pêcheur de requins marteaux halicornes (Sphyrna lewini) au monde. Les relevés des prises de requins et de raies débarquées à Pointe-Noire entre juillet 2018 à juillet 2019 font état de prises quotidiennes moyennes de 100 à 400 individus appartenant à 42 espèces de requins et de raies. Beaucoup de ces espèces sont considérées comme menacées et inscrites à la Liste rouge de l’UICN, parmi lesquelles 15 espèces sont classées en Annexe II de la CITES (dont les requins marteaux).

Les conventions internationales

La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) tente de protéger certaines espèces de requins de la surexploitation provoquée par la demande du commerce international en ayant inscrit 48 espèces de requins et de raies aux Annexes I et II entre 2003 et 2019.

Le Congo a ratifié la CITES et d’autres conventions internationales relatives à la conservation et à la gestion des requins. Le pays est notamment signataire du Mémorandum d’Entente sur la Conservation des Requins Migrateurs (MdE Requins) de la CMS. Toutefois, le Congo doit encore aligner sa législation nationale pour respecter ses engagements.

Pêche industrielle ….

Le développement de la pêche industrielle et artisanale n’est pas l’apanage du Congo ; ces activités ont connu un développement très important au niveau mondial. Au Congo, ce sont des choix politiques mis en place dans les années 1960 par le gouvernement congolais qui ont permis ces développements. Ainsi, la pêche artisanale s’est développée notamment pour nourrir une population en augmentation. En parallèle, le niveau de vie moyen ne s’est, lui, pas beaucoup développé : la pêche artisanale est donc un moyen de survie pour les populations les plus pauvres.

Par ailleurs, la pêche industrielle n’est pas en reste. En effet, la capacité de transport de la zone économique exclusive du Congo est estimée à 30 navires industriels … alors que la flotte active actuelle compte 110 navires industriels et 700 bateaux de pêche artisanale comprenant 240 bateaux motorisés « Popo » et 450 pirogues motorisées ou non de type « Vili ».

… et pêche artisanale

Les pirogues Vili sont des embarcations d’environ 6m de long, 0,60m de large et 0,40m de creux. Elles sont faites en bois et durent entre 5 et 10 ans. Elles se manœuvrent à 1 ou 2 hommes. Traditionnellement, ce sont des autochtones congolais vivant sur la côte qui les utilisent.

Les pirogues Popo ont été introduites par les pêcheurs de l’ouest africain (Golfe du Bénin, Togo). Leur longueur varie de 8 à 10m, pour une largeur de 1 à 1,60m, avec un creux de 60 à 70 cm. Ces pirogues ont une capacité de 2,5t. Elles sont équipées d’un moteur hors-bord, ce qui leur confère un rayon d’action plus important que les vilis. Elles peuvent être utilisées pendant une vingtaine d’années. L’équipage est constitué de 6 à 8 hommes.

Plus de pêcheurs sur une zone désormais restreinte

Ainsi, au début des années 2000, les requins n’étaient que des prises accessoires. Si les pêcheurs artisanaux s’intéressent désormais aux requins, c’est que les stocks des autres poissons ont dramatiquement baissé. De plus, les plateformes pétrolières constituent également une contrainte majeure à la pêche artisanale en réduisant la zone de pêche de deux-tiers et en polluant les eaux côtières. Donc, plus de pêcheurs dans un espace plus limité. Désormais, la chair de requin est commercialisée localement pour répondre à une partie de la demande intérieure de poisson.

Le trafic d’ailerons vers la Chine

Mais c’est surtout un nouveau “marché” qui a vu le jour : celui des ailerons de requins, beaucoup plus lucratif. Ainsi, les ailerons sont exportés notoirement vers la Chine. La Région administrative spéciale de Hong Kong a enregistré, entre 2005 et 2019, quelques 131 594 kg d’importations totales de nageoires de requins en provenance du Congo.

Or, les chiffres officiels ne reflètent qu’une partie des prises réelles. Les spécialistes estiment qu’il faut ajouter environ 50% aux chiffres officiels pour avoir une idée plus précise de la réalité des prélèvements, pêche illégale comprise. Les chiffres officiels indiquent 1 860 tonnes de requins pêchés en 2017, soit environ 93 tonnes d’ailerons. Soit un peu plus que ce que la Chine indique importer du Congo. Cela veut dire, au choix, que les exportations vers la Chine ont augmenté … ou/et que tout n’est pas très officiel. Et ce sont bien les requins les victimes.


[1] TRAFFIC est un réseau de surveillance du commerce de faune et de flore sauvages dont la mission est de s’assurer que ces échanges ne sont pas une menace à la conservation de la nature. TRAFFIC est un programme commun du WWF et de l’UICN et travaille également en coopération étroite avec le Secrétariat de la CITES.

[2](CITES 2014, 2018; Secrétariat CITES 2019; van Vliet & Mbazza 2011.

Sources : A RAPID ASSESSMENT OF THE ARTISANAL SHARK TRADE IN THE REPUBLIC OF THE CONGO / Constant Momballa Mbun / August 2020 et La pêche maritime industrielle et artisanale au Congo (Handicraft and industrial fisheries in Congo) de Cohouvi Hodonou, Justin dans le Bulletin de l’Association de Géographes Français  Année 1984  502-503  pp. 193-205